Kaleidos a été fondée le 24 septembre 2001, à Matane. On a changé d'adresse quelques fois depuis, jamais de région.
Ça a l'air d'un détail. En 2001, ça n'en était pas un.
Deux phrases qu'on a entendues mille fois
La première : « à quoi ça va me servir? ». Tout le monde savait ce qu'était un site Internet. Ce que personne ne voyait, c'est ce que ça changerait pour un commerce de Matane ou une municipalité de la Matapédia. Il fallait démontrer l'utilité avant même de parler du site, avec des exemples, à chaque fois.
La deuxième : « vous auriez plus de contrats en ville ». Celle-là nous arrivait presque toujours avec de bonnes intentions. Ce serait plus payant à Québec ou à Montréal. Il y a plus de clients, plus de budgets, plus de monde qui comprend ce que vous offrez.
On est restés. Avec le recul, c'est probablement la décision qui a le plus façonné notre façon de travailler.
Travailler pour du monde qu'on croise à l'épicerie
Quand vos clients sont vos voisins, vous ne livrez pas un site pour ensuite disparaître. Vous allez les recroiser. À l'aréna, à la quincaillerie un samedi matin, dans la file au bureau de poste. Ça change la manière de dire les choses, de fixer un prix, de gérer un retard.
Et ça met sur la qualité une pression que personne n'a besoin de vous imposer. Un travail bâclé, en région, vous le recroisez lui aussi : il est en ligne, il porte votre nom, et la personne qui vit avec est quelqu'un que vous connaissez.
Ça change aussi la lecture des mandats. Le site d'une municipalité de quelques centaines d'habitants, sur papier, c'est un petit contrat. Dans les faits, c'est son principal outil de communication. Il n'y a personne aux communications, le journal local est plus mince qu'avant, et la radio ne peut pas relayer chaque avis d'ébullition ou chaque changement d'horaire de collecte. Même chose pour un OBNL qui met en ligne sa page de dons. Il n'y a pas de service du marketing derrière, c'est souvent la direction qui s'en occupe le soir, entre deux demandes de subvention. On le sait parce qu'on accompagne ces organismes depuis 25 ans.
Le métier nous a fait découvrir notre territoire
Il y a une partie du travail dont on parle rarement. Pour construire le site de quelqu'un, il faut d'abord comprendre ce qu'il fait et comment il le fait. En 25 ans, ça représente des centaines d'heures passées à écouter des gens d'ici expliquer leur entreprise, leur organisme ou leur municipalité.
C'est là qu'on voit ce qui se passe vraiment dans la région. Des entreprises qui vendent partout dans le monde depuis un rang de campagne. Des organismes qui tiennent des services à bout de bras avec des budgets minuscules. Des municipalités qui mènent des projets que des villes bien plus grosses trouveraient ambitieux. On fait beaucoup avec peu, ici, et on s'en rend compte mandat après mandat.
C'est la partie du métier qu'on avait le moins vue venir en 2001, et probablement la plus enrichissante. On n'a jamais eu besoin de partir en ville pour rencontrer du monde qui fait des choses.
Le bureau a fermé, la façon de travailler n'a pas bougé
L'équipe est passée en télétravail complet l'an dernier. La transition a été courte, et c'est encore une affaire de région : depuis les débuts, on mène des projets avec des clients à Gaspé, à Rimouski ou à Sainte-Anne-des-Monts sans se voir toutes les semaines. Travailler à distance faisait partie du métier bien avant de faire partie du quotidien.
C'est aussi ce qui explique qu'on travaille de plus en plus à l'extérieur de la région, partout au Québec, sans rien changer à notre façon de faire.
Tout a changé, sauf une chose
Côté technique, rien n'est resté pareil. On a commencé avec Netscape et des connexions par modem téléphonique. Depuis, on a vu passer Flash, la naissance de Facebook, l'arrivée de la fibre, le moment où le téléphone est devenu le premier écran, et maintenant l'IA. On a construit notre propre plateforme, Webartchitecte, parce qu'aucune des solutions du marché ne faisait exactement ce dont nos clients avaient besoin.
Le métier de base, lui, est le même qu'au premier mandat : écouter quelqu'un expliquer son organisation, trouver le vrai problème derrière la demande, puis construire l'outil qui va le régler.
Merci aux PME, aux OBNL et aux municipalités qui nous font confiance depuis 2001, et à ceux qui sont arrivés le mois dernier. On est encore là, et on est encore ici.